Un Musée sous la mer à Alexandrie

alexandrie-1L Egypte confie à l’architecte Français Jacques Rougerie la conception du Musée d’Archéologie Sous-Marine d’Alexandrie

Appelé par les vœux du président Moubarak lors de l’inauguration de la dernière exposition « Trésors engloutis d’Alexandrie» au Grand Palais, le projet de Musée d’archéologie sous-marine à Alexandrie a officialisé l’architecte français Jacques Rougerie, mondialement renommé pour ses réalisations liées au monde marin, comme maître d’œuvre d’une équipe pluridisciplinaire devant définir, dans les mois à venir, les bases de la construction du dit musée.

 

Lauréat du concours d’idées  lancé il y a un peu plus de deux ans par le tout puissant Conseil Suprême des Antiquités Egyptiennes dirigé de main de maître par son célèbre directeur, le Dr. Zahi Hawass, instigateur de l’idée de développer en Alexandrie un nouveau pôle touristique et culturel en synergie avec la Biblioteca Alexandrina, Jacques Rougerie fait la synthèse de ses différents échanges et rencontres avec ce dernier de la manière suivante : « La volonté des autorités égyptiennes est bien de faire d’Alexandrie le nouveau pôle touristique et culturel du pays et ce musée participe d’un projet bien plus vaste de renouveau de cette baie au passé d’une extraordinaire richesse. Ce renouveau s’inscrit ainsi dans la droite ligne du génie des civilisations passées ayant vécu au cœur d’une cité qui fut, en son temps, l’un des plus grands foyers culturels de l’Antiquité ».

Il était tout aussi légitime que les découvertes de Jean-Yves Empereur, comme les merveilles remontées du fond par les équipes de Franck Goddio, qui fouillent inlassablement depuis plus de dix ans les sites d’Alexandrie, Canopée et Aboukir, en étroite collaboration avec le Conseil Suprême des Antiquités Egyptiennes, trouvent un havre d’accueil à la mesure de leur caractère inestimable et de l’engouement que les secondes suscitent notamment à travers l’exposition itinérante qui après Paris et Bonn devrait confirmer son incroyable succès à Madrid avant de partir vers les Etats-Unis ou l’Extrême Orient.

L’Alexandrie moderne a ainsi choisi de donner corps à un espace muséographique unique au monde, le premier à proposer à tout un chacun la possibilité d’effectuer un voyage à travers le temps et l’espace par une visite sous la mer. « On pourra alors pour la première fois, précise l’architecte français, s’immerger au cœur de la mer Méditerranée en toute sécurité pour partir à la rencontre des merveilles du palais de Cléopâtre et de tous les autres vestiges de la baie. Imaginez l’émotion que ce voyage sous la mer va susciter ». 
Pour ce qui est du concept architectural général, un jardin de statues littoral, belvédère ancré à la promenade du bord de mer et suspendu au-dessus des flots, fera écho à d’immenses voiles de felouques stylisées qui surgiront de l’eau en plein cœur de la baie « pour mieux immortaliser ce sanctuaire sous-marin dédié aux merveilles des cités englouties ». Sous ces quatre flèches « vibrant à l’unisson du chant de la nature et de la musique des hommes, et distillant leur mélodie aux quatre points cardinaux », une vaste salle sous-marine reliée au littoral par un tunnel lui aussi sous-marin permettra aux visiteurs de découvrir une scénographie unique au cœur d’un immense lagon central de forme circulaire.

« Le choix architectural, rappelle encore Jacques Rougerie, alterne des envolées aériennes, qui symbolisent le rayonnement immémorial de la cité d’Alexandre, défiant la course du temps, et des espaces subaquatiques qui rappellent l’environnement si particulier où ont été découverts les vestiges qui y seront exposés. Il fallait en même temps retrouver, à travers ce projet de musée, toute la gloire qui fut celle d’une cité au rayonnement exceptionnel, et s’inscrire dans le cadre de renaissance de ce pôle d’excellence initié avec la reconstruction de la Biblioteca Alexandrina ». Il est d’ailleurs envisagé que ce musée devienne, sous l’égide de l’Unesco, et dans la droite ligne de la Bibliothèque d’Alexandrie, une véritable banque de données mondiale sur le patrimoine archéologique sous-marin et ses techniques de préservation.

Au cours des nombreuses déclarations qui se sont multipliées en cette fin d’année dans les plus grands médias égyptiens, le grand patron du Conseil Suprême des Antiquités a déclaré à plusieurs reprises que « le Musée d’Archéologie sous-marine d’Alexandrie constituait une priorité pour les autorités égyptiennes et comptait parmi les 2 grands projets de musées que le pays souhaitait voir se réaliser dans les quatre ans à venir ». « Ce musée s’inscrit, a précisé l’un des conseillers du Ministre de la Culture Farouk Hosni, dans la stratégie prioritaire de développement du tourisme mené par le gouverneur d’Alexandrie, le général Adel Labib, et constitue une impulsion visant à favoriser le développement économique et social de la ville ».

Des objectifs multiples donc, qui correspondent bien à la vision humaniste que Jacques Rougerie a de sa mission qui consiste à chaque instant à « ouvrir une nouvelle fenêtre qui va renforcer le rapport que l’homme tisse depuis l’aube de l’humanité avec la mer ». En digne héritier de Jules Verne et de son héros le capitaine Némo, il a su manier de longue date, et au travers de ses nombreuses réalisations tant hexagonales qu’internationales, la recherche prospective et la pédagogie éducative, l’innovation technologique et la réponse culturelle à la fois didactique et interactive. On lui doit d’ailleurs déjà plusieurs grands musées et centres de la mer. L’architecte français incarne ainsi à la perfection l’esprit du projet voulu par Zahi Hawass. De plus la réflexion d’implantation architecturale et constructive s’est, dès le départ, approprié une volonté constante de développer des technologies adaptées à la spécificité historique et patrimoniale du site choisi, avec une préoccupation de tous les instants d’en respecter et d’en préserver l’authenticité.

La tradition et les liens forts qui unissent la France et l’Egypte en matière de collaboration culturelle trouvent donc à travers le choix de Jacques Rougerie une nouvelle résonance. Le président Sarkozy, fervent défenseur d’un nouvel équilibre économique et culturel au sein du bassin méditerranéen ne pourra certainement que se féliciter de voir la France s’inscrire une fois encore en participation du développement économique et culturel d’une Egypte moderniste et résolument tournée vers l’avenir.

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